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LA REPONSE AUX MEDIA





Au début, lorsque nous découvrons les monde et les autres, nous entretenons une relation directe avec nos proches, qui nous permet de construire nos repères sociaux.
Très jeune, par la parole et nos actes, nous entrons dans un processus de feed-back permanent avec notre entourage. Feed-back qui nous permet d'évaluer qui nous sommes dans l'espace social dans lequel nous évoluons.

Ainsi, très vite nous apprenons l'importance du NON.

Grace au refus de se conformer à ce qu'on attend de nous, et au vu des réactions que cela provoque dans notre environnement physique et spirituel, nous pouvons évaluer notre identité, savoir un peu mieux qui nous sommes par rapport aux autres.

Pour l'humain, qui est une entité sociable, dont l'existence s'inscrit dans un processus collaboratif avec ses congénères, la relation avec les autres est fondamentale. L'évaluation du rôle que nous tenons, et que nous devrons tenir dans le groupe est essentielle, car le petit humain, se construit identitairement à travers la rétroaction informationnelle qu'il entretient avec ses proches.

Parents, frères et soeurs, famille, voisins, école, enseignants... très vite nous apprenons à dire non, et à travers les réactions de notre entourage à ce non, nous apprenons à nous connaître.

Mais dans notre modernité cyberpunk, un phénomène nouveau est apparu. Depuis plus d'un siècle, l'ensemble des humains des pays industrialisés côtoient dès leur plus petite enfance un nouveau partenaire qui les accompagne dans leur maturation spirituel en plus de leurs proches et parents.
Un monstre polymorphe et immatériel omniprésent dont l'influence sur notre psyché dépasse souvent de très très loin l'influence même des parents ou de l'école : les masse media.

Jusqu'à la fin du dix neuvième siècle, les masse media les plus puissants étaient l'écriture et la religion.
A partir du dix neuvième siècle apparaissent de nouvelles technologies de l'information qui véhiculent en masse des informations spécifiques à leur nature, informations qui vont se greffer de façon omniprésentes sur notre environnement quotidien.

Radio, Cinéma, Télévision, Jeux vidéo, diffuseurs sonores, affichage urbain, écrans géants, qui diffusent de la musique, des fictions, des jeux, des documentaires, de la publicité, des témoignages, des infos, des reportages...

Très vite, le petit humain va commencer à entretenir une relation existentielle vis à vis de ce monstre noosphérique qui l'accompagne dans sa croissance.

LA PREMIÈRE RÉPONSE AUX MEDIA:



La première réponse aux media, la plus courante et universelle, la plus aisée aussi, car facilitée par le monde marchand, c'est la consommation.

Nous achetons, nous nous habillons, nous nous entourons d'objets qui correspondent à une image de nous même puisée dans l'univers des masse media.
Ainsi très tôt, je dirai au moins à partir de 4 ans, l'enfant des pays industrialisés prend en charge son environnement informationnel en s'entourant de livres, cd, films, BD, affiches, vêtements, qui correspondent à ce qu'il est ou pense être. Il commence à s'identifier à des modèles médiatiques (populaires ou non)

Ce processus d'identification informationnel se poursuivra toute sa vie, en particulier avec l'automobile, la maison, le mobilier, les vêtements, les objets décoratifs, les artistes, les oeuvres d'art ou autre oeuvres à fort contenu informationnel.

Pour certains, la relation existentielle vis à vis d'objets informationnels est tellement forte qu'il y a souvent identification... avec une star, un objet, un auteur, un artiste, un film... critiquer l'oeuvre ou l'objet revient à remettre en question l'existence de celui pour qui elle a joué un rôle de construction identitaire, et cela peut déclencher des réactions très violentes (Cf. les débats sur les NG de cinéma en particulier)


LA SECONDE RÉPONSE AUX MEDIA:


Consommer n'est pas suffisant pour certain.

Car c'est un dialogue à sens unique, il n'y a pratiquement pas d'interaction, pratiquement pas de feed-back.
Nous ne sommes que dans une position de "consommateurs" (Le système marchand n'attend pratiquement rien d'autre de nous, sinon une consommation relativement passive).

Bien sur il y a feed-back... le monde marchand s'adapte en permanence aux attentes des "consommateurs", mais de façon collective, globale, et lente, à travers l'analyse de comportements collectifs... (comportement d'achat).

Mais ce feed-back marchand, malgré tous ses efforts de "pénétration ciblée" tient très peu compte des individualités...

Ce n'est pas suffisant pour que notre "identité" ait l'impression d'être reconnue par le monstre noosphérique... pour qu'on ait l'impression qu'il nous "reconnaît", comme nos parents nous ont "reconnus" lorsque pour la première fois nous leur avons dit "non"...

Aussi, nombreux sont ceux qui vont s'efforcer d'obtenir un feed-back directe de la part des masse media, grace à des passerelles spécifiques, et d'ailleurs elles aussi souvent exploitées par le monde marchand.

C'est par exemple la dédicace.

Par une dédicace sur un livre, un disque, un DVD, un album de BD, nous établissons un pacte avec l'auteur très particulier.
L'auteur de l'oeuvre est pour la plupart de ses amateurs, qui ne font pas partie de son environnement proche, une entité noosphérique immatérielle.
il n'est pas question, dans le cas d'une star, que l'auteur fasse entrer ses millions de spectateurs, auditeurs, lecteurs dans sa sphère privée... en plus ce n'est pas nécessaire... par le protocole de la dédicace, l'artiste passe un pacte identitaire fondamental avec son fan...
il dit : Je te reconnais en tant qu'individu. Tu as existé pour moi, le temps de cette dédicace.

Ce pacte, qui parait dérisoire ne l'est pas.

Grace à cette signature et ce très bref contact avec une des entités informationnelle qui a forgé son "être", le fan, l'admirateur a eu un retour de feed-back identitaire. Il s'est retrouvé, pendant quelques secondes, projeté en tant qu'acteur dans la sphère informationnelle.

Dans sa "famille" noosphérique.

Pendant l'espace d'une fraction d'instant, ses metaparents noosphériques lui ont dit : "nous te reconnaissons, nous savons que tu existes." Et cette reconnaissance a été pérennisée et formalisée intemporellement par un sceau apposé sur un objet réel.

Grace à cette signature, le fan, l'amateur (dans son sens littéral non péjoratif), évacue très simplement une souffrance existentielle : celle de n'être qu'un consommateur anonyme.
Celle de n'être qu'un enfant dont les parents seraient indifférent à son existence.

D'autres "seconde réponses aux media" existent, par exemple beaucoup vont investir de l'énergie pour faire partie du public d'un plateau T.V., ou accompagner leur star pendant une journée grace aux fans club, certains vont participer aux jeux T.V.. Ainsi l'espace d'une après midi, on se retrouve facilement projeté dans cette sphère informationnelle qui a construite notre identité.


LA TROISIÈME RÉPONSE AUX MEDIA:


La plus difficile et aussi la plus dangereuse.

C'est la création artistique.

Pour certains d'entre nous, consommer parait vain, courir après les stars ou les plateaux T.V. aussi, c'est une reconnaissance existentielle qui parait factice... la vrai reconnaissance, ce serait d'exister aussi dans la sphère médiatique, à travers un avatar informationnel, sous forme de roman, de film, d'illustration, de musique... qui vivra sa vie dans le monde des media. Exactement comme ceux qui ont formé notre identité et qui s'empilent sur nos étagères et dans nos cartons.

Nombreux seront ceux qui choisiront la voie de la musique. Des milliers, voir des millions de jeunes adolescents, et plus âgés, répètent dans leur cave, ou mixent leur single dans l'espoir, non pas de faire un concert, mais que leur CD soit distribué.

D'autres choisiront comme moi la voie de l'image, faire une couverture de roman de SF, une jaquette de disque, un clip, un dessin animé, un court-métrage... voir un film...
D'autres choisiront la voie de l'écriture, faire un roman, écrire des nouvelles...
D'autres choisiront la voie du mannequinat
D'autres choisiront la voie du comédien ou de l'acteur...
Etc...

Le problème, c'est que les places au soleil de la noosphère sont très chères... en particulier dans le monde des masse media.
Et il y aura des morts sur ce chemin, au propre comme au figuré.

L'importance existentielle de cette reconnaissance médiatique est totalement sous évaluée socialement.

Pour beaucoup, ne pas pouvoir exister dans la sphère informationnelle au travers d'un avatar de nous même, c'est exactement comme vivre avec des parents qui nous nieraient. Qui jamais ne tiendraient compte de notre existence.
Cela ne peut se traduire que par de la violence ou de l'autodestruction, soit les deux à la fois.


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